QU'EST-CE QU'UN PROJET ?

Projet-visée.

La notion de projet comporte deux acceptations assez différentes. Un projet, c'est tout d'abord une intention philosophique ou politique, une visée, affirmant de façon toujours indéterminée des valeurs en quête de réalisation.
Cette visée ne peut, bien entendu, s'accomplir que dans un temps/durée, dans le futur non précisément programmable.
Sartre parlait en ce sens du projet de l'homme.
L'idée même d'un "projet de société" est également conforme à cette acceptation.
C'est seulement ensuite la traduction stratégique, opératoire, mesurée, déterminée, d'une telle visée.
Ainsi le projet de l'ingénieur ou de l'architecte, ou le projet de budget du financier, correspondent à autant de maquettes, de modèles, d'ébauches, d'épures, de canevas.
Dans tous ces cas, le projet est la préfiguration la plus exacte, la plus précise possible, donc déterminée et définie de ce qu'on anticipe.

Projet-programmatique.

Par opposition au projet-visée précédent, nous parlerons plutôt de projet-programmatique.
Ce dernier, qui se traduit par des objectifs, se définit avant en termes d'espace (plan, programme) et s'il requiert une autre dimension, il fait appel à un temps mesure, homogène, composé d'unités abstraites équivalentes, interchangeables (chronologie, chronométrie) Il est à remarquer que le projet-programmatique s'assortit tout naturellement d'un contrôle, tandis que le projet-visée ne peut donner matière à l'évaluation.
Ces deux "dimensions" du projet sont sémantiquement indissociables et devraient être pratiquement complémentaires, mais lorsque dans une société prompte à "refier", encore encouragée par la division du travail et par les cloisonnements administratifs, une dissociation s'opère néanmoins entre elles, la "fausse conséquence" qui en résulte se marque constament par "l'oubli" du politique au profit du stratégique.
Le projet-programmatique (efficacité), le projet-visée (politique) doivent être, eux aussi, fondamentalement explicites dans le cadre d'une démocratie.
Sinon c'est l'occasion de toutes les manipulations possibles.
C'est aussi l'absence de consensus et d'enthousiasme, seuls capables de mobiliser et d'unifier les volontés et les énergies.
Il ne suffit donc pas de décréter les nouvelles orientations, une fois pour toutes, sans mettre en oeuvre ce qui est nécessaire à leur réalisation, pour l'assurer effectivement. Les exemples abondent de tels échecs.
C'est pourquoi (p. ex.) parler de modernisation de l'école, de priorité accordée à la transmission des connaissances ou de revalorisation sociale des fonctions enseignantes ne constitue pas davantage, aujourd'hui, un Projet-visée.
« Le programme n'est pas le projet »

Projet:

Est employé dans un sens très large, surtout chez les écrivains existentialistes, pour désigner tout ce par quoi l'individu tend à se modifier et à modifier ce qui l'entoure dans une certaine direction.
« Lorsque je dis que l'homme est un projet qui décide de lui-même... ce que je veux dire... c'est qu'il n'y a pas à priori des états psychiques comme le plaisir ou la douleur, auxquels on viendrait épingler la conscience, mais qu'en réalité la conscience se fait plaisir ou douleur, qu'elle décide ainsi, soit dans sa structure, soit dans le cours d'une vie, de la nature ou de l'essence d'elle-même et de l'homme ».

Bull. de la Soc. Fr. Philos., Séance du 2 Juin 1947, p.81

Projection:

A/ Théorie de la projection
On appelle "Théorie de la projection" la théorie par laquelle les sensations d'abord senties comme simples modifications de l'état mental, sont ensuite "projetées" hors du moi (c'est-à-dire localisées en des points de l'espace autres que ceux où se place en imagination le sujet présent), et acquièrent alors seulement une apparence de réalité indépendante.

B/ M. Kr.Aars a donné à ce mot un sens un peu différent:
1) Il considère comme fait essentiel de la projection non pas le fait de localiser la perception dans l'espace à une certaine distance du corps du sujet, mais le fait d'admettre que quelque chose persiste, alors que paraissent et disparaissent les états psychiques, toujours très courts, par lesquels cette chose nous est connue.

2) Il considère cette fonction comme une hypothèse, et comme l'hypothèse fondamentale de la connaissance. La réalité ainsi construite par "projection" est double: réalité physique de la matière, réalité psychique des autres esprits.

Critique:

La projection au sens A, se distingue de la localisation. La première suppose un passage radical du non spatial au spatial. Or, ce passage n'est pas admis par beaucoup de psychologues contemporains, qui attribuent à toute sensation une spacialité primitive, plus ou moins indéterminée.
La seconde implique seulement que les qualités attribuées aux objets matériels ne sont pas rapportées à un point bien déterminé de l'espace ou du corps, mais que la construction en est faite graduellement, par des habitudes, des associations ou des raisonnements, ce que l'expérience met hors de doute.

Mécanisme de déplacement d'un "fait" de l'intérieur vers l'extérieur, la projection suggère immédiatement un univers spatial:
La projection a lieu dans l'espace, mais elle est destinée à penser, sur le plan psychique, une sorte de "localisation", puisque par cette opération se réalise un passage d'un "dedans" à un "dehors".

Prévision:

Représentation suffisamment précise d'un évennement futur ou de l'état futur d'un phénomène.
Toute prévision repose sur l'observation du passé et l'hypothèse d'une certaine régularité, voire d'une répétabilité des phénomènes.
Elle dépend aussi de la permanence de certaines conditions (p.ex. un taux de croissance) ou sur le temps que met un processus à se produire (p.ex. prévision de la masse de population d'age scolaire dans dix ans).

Les lois de la physique, appliquées à des conditions initiales, permettent la prévision, pourvu que n'apparaissent pas des éléments nouveaux, non pris en compte dans la détermination du phénomène étudié.
La prévisibilité est fonction de la complexité des phénomènes et de la longueur du temps sur lequel porte la prévision.
On étend la notion de prévision à l'attribution d'une probabilité.
La prévisibilité d'un phénomène statistique (le nombre de morts sur la route ce week-end) ne se reporte pas sur ses composants individuels (si un individu sera parmi eux).
L'action humaine repose sur l'anticipation donc sur la prévision; l'action et ses conséquences font l'objet de prévision (économie, budgets, assurances, plans) dont la fiabilité peut être réévaluée et les modalités modifiées en fonction de son déroulement.

Stratégie / Tactique

Si la stratégie est d'abord un concept emprunté à la science de la guerre, elle est aussi devenue une des notions principales de la science de l'action.
Le concept de stratégie importé de son champs d'application d'origine est d'une grande commodité pour désigner tous les comportements que choisit l'acteur social pour arriver à ses fins dans un contexte organisationnel quelconque.
Dans les organisations l'agent garde toujours une certaine liberté et l'utilise contre les normes organisationnelles.
On constate que même lorsqu'ils sont placés en bas de la pyramide hiérarchique, les acteurs jouent sur les normes du système dont ils font partie, et développent une stratégie destinée à accroître leur pouvoir et leur zone d'influence.
Tous les comportements expriment une stratégie destinée à diminuer la zone d'influence, de pouvoir de l'autre et à accroître celle de l'acteur lui-même.
Il serait abusivement simpliste de considérer que l'acteur agit en fonction d'un plan clair, préalablement établi.
L'agent a des buts souvent multiples et contradictoires dont il n'a pas toujours une conscience claire, et qui varient dans le temps.
Le concept de stratégie est pertinent si cela signifie que l'agent a un comportement actif, qui a un sens, et qui se développe dans deux directions:

  • Une orientation offensive: l'agent veut améliorer sa situation.
  • Une orientation défensive: il veut maintenir ses possibilités de choix et sa capacité d'agir.

L'action se déroule à l'intérieur d'un système de contraintes dont l'acteur a une conscience plus ou moins claire.

=> Les stratégies développées par les auteurs dans une situation sociale donnée n'ont, ni ne peuvent avoir la rationalité et la clarté vers lesquelles tendent les stratégies militaires.
=> L'homme ne cherche pas la meilleure solution a un problème, sa liberté et son information trop limitées, ne lui permettent pas d'agir ainsi.
=> Il décide non à partir d'une vue d'ensemble, mais d'une vision limitée de la situation et choisit dans chaque cas la meilleure solution correspondant à un seuil minimal de satisfaction.
ETAPES
/ PHASES
MOYENS
HUMAINS
MATERIEL CONTRAINTES OBJECTIFS AVANTAGES INCONVENIENTS
TEMPSMILIEU
1
- Définition du
Projet / Besoins
- Evaluation
R
E
F
L
E
X
I
O
N
S
- Expérience
- Bagage/Formation
- Mobilité
- Age
- Relations
- Presse
- Radio
- Crédit
- Voiture
- Délai entre l'expression du besoin et la réalisation du projet.
- Concurence.
- Réceptif
- Allergique
- Demandeur
- Porteur
- Autonomie
- Reconnaissance
- Financier
- Pouvoir
- Savoir
- Statut social
Liberté
 
 
 
 
Intégration
Finance ?
Statut ?
Reconnaissance ?
Perte de liberté
Pouvoir ?
2
Stratégique
- Etablir le ou les chemins permettant, en fonction des moyens et des contraintes d'atteindre les objectifs définis dans le projet.
- Etablir l'ordre d'atteinte des objectifs (priorité).
- Prévoir les seuils minimums et maximums des objectifs (satisfaction).
3
Tactiques
A
C
T
I
O
N

- Sur un objectif défini, mettre en oeuvre les moyens en temps, matériel, humains et milieu nécessaires à atteindre l'objectif.
- Choix du moment, du terrain.

4
Analyse
/ Critique
R
E
F
L
E
X
I
O
N

- Etablir un bilan des résultats/écarts entre les objectifs fixés/atteints, les moyens prévus/utilisés.
- Intégrer l'enseignement tiré pour les actions futures.

5
Réévaluation
Contrôle

- L'action, le projet repose sur l'anticipation, donc sur la prévision.
- L'anticipation, l'action et ses conséquences font l'objet de prévisions (économie, budgets, plans... ), dont la fiabilité peut être réévaluée et les modalités modifiées en fonction de son déroulement.


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